À part le procureur de la République de Pontoise,
qui peut croire encore que la mort d’Adama Traoré, le 19 juillet à
Beaumont-sur-Oise, était un accident? Pour autant, il ne faudrait pas se
contenter d’y voir une simple bavure des gendarmes. D’emblée, il
s’agissait d’un crime d’État ; mais depuis lors, c’est devenu une
affaire d’État.
Si l’on peut parler de crime d’État, c’est que ces
tragédies à répétition, dont sont victimes des Français noirs ou arabes,
ne constituent pas seulement un dérapage. Elles contredisent les
discours officiels, mais elles confirment un choix politique effectif,
réitéré sous les gouvernements successifs, qui se traduit en actes sur
le terrain. On a davantage parlé des violences policières depuis
l’instauration de l’état d’urgence, en particulier au cours des
manifestations contre le projet de loi Travail. Reste qu’avant cette
répression politique, les personnes racisées les subissaient de longue
date dans une certaine indifférence. Cette répression au quotidien à
l’encontre des habitants des « quartiers » aurait pourtant dû servir
d’avertissement à toute la société : l’état d’exception est aussi un
état ordinaire.














