mardi 14 août 2012

La hiérarchie catholique - et le PDG d’Ouest-France – lance l’offensive contre le mariage homosexuel



A leur manière, les hiérarques de l’Eglise catholique ont décrété la mobilisation contre la promesse du président de la république de légaliser (enfin) le mariage homosexuel et d’ouvrir une réflexion sur la fin de vie en invitant, demain 15 août, à prier pour la France pour marquer l'attachement de l'Eglise à la famille.

Et pour qui douterait du message, ses principaux porte-parole se répandent dans la presse. Le cardinal Philippe Barbarin, cardinal de Lyon, réaffirme,  dans un entretien  au quotidien Le Progrès, son opposition au mariage homosexuel : «.. Le mariage est l'union d'un homme et d'une femme. C'est écrit sur la première page de la Bible».  Interrogé sur l'adoption d'enfants par les couples homosexuels, il répond : «Notre désir est que la loi n'entre pas dans des domaines qui dépassent sa compétence. Un Parlement est là pour trouver du travail à tout le monde, (…) pour s'occuper de la sécurité, de la santé ou de la paix. Mais un Parlement, ce n'est pas Dieu le Père».

Dans un second entretien au très réactionnaire Figaro en date du 13 août, le même Barbarin déclare : « Oui l’heure est grave. C’est une rupture de civilisation de vouloir dénaturer le mariage, qui est depuis toujours une réalité merveilleuse et fragile ».

Le PDG d’Ouest-France, François Régis-Hutin, n’écrit pas autre chose dans le long édito qu’il publie en « une » de son quotidien du 11 août dernier en affirmant, après un long plaidoyer contre le mariage homosexuel : « On le voit, ces questions sont fondamentales car elles touchent le fondement même de la société c'est-à-dire le pacte social qui règle de fait et de droit les rapports entre ses membres… Notre pays, en proie déjà à de nombreuses et si graves difficultés, a-t-il besoin de se voir divisé sur de telles questions ? On sait parfaitement qu’elles résonnent au plus profond des consciences et qu’une fracture provoquée à ce niveau pourrait avoir des considérables et irrémédiables conséquences ».

Intéressant aussi de relever la similitude argumentaire entre l’évêque et le PDG : alors que le journaliste demande au religieux si cette prise de position n'est pas une atteinte à la laïcité, ce dernier réagit vivement: «La laïcité interdirait la prière? Est-ce cela que vous me demandez? Sommes-nous en tyrannie? Allons-nous soumettre nos rites et nos formulaires au commandement de la pensée unique?». Quand au PDG, il écrit : « Cette attitude choque certaines personnes qui prétendent que l’Eglise, en exprimant une opinion sur ces questions, porte atteinte à la laïcité. Mais enfin, la laïcité est la garantie de la liberté d’opinion, d’expression et de culte. Les Eglises ou quelque religion que ce soit peuvent s’exprimer en France et ont le droit de prier pour qui et pour quoi elles le désirent. Prétendre limiter ce droit serait, en effet, porter atteinte à la laïcité ».

«Ce n'est un scoop pour personne que de dire que l'Eglise s'oppose au mariage homosexuel. Mais si ce n'est pas un scoop, il doit y avoir débat », affirmait aussi sentencieusement ce matin sur France Inter le porte-parole des évêques de France, Mgr Podvin.

Soulignons aussi que cette offensive, réactionnaire et homophobe - que la droite et l’extrême-droite ne vont pas manquer de relayer - est lancée en France au moment même où la droite espagnole, soutenue par l’église catholique,  annonce sa volonté d’interdire l’interruption volontaire de grossesse. 

Que François-Régis Hutin et Philippe Barbarin ne disent mot sur cette remise en cause du droit des femmes – espagnoles mais aussi les nombreuses française aujourd’hui accueillies dans les cliniques espagnoles - à disposer librement de leurs corps ne surprendra que celles et ceux qui refuseraient de prendre la mesure de cette offensive politique réactionnaire et homophobe contre laquelle il est urgent d’organiser la riposte. 

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