lundi 22 avril 2013

Retour sur les rencontres citoyennes de Nantes, par François Longérinas (Parti de Gauche)


Il ne pleut pas sur Nantes, quand le Front de Gauche 44 tient ses Rencontres citoyennes 
Quelle plus belle démonstration pouvais-je vivre de l'inutilité de Notre-Dame-des-Landes en faisant l'aller-retour Paris-Nantes dans la journée de samedi pour ces belles rencontres du Front de Gauche de la Loire atlantique? Départ à Monparnasse à 8h53 et retour au même endroit à 22h14, avec le loisir de participer à un atelier le matin, un autre l'après-midi, puis d'intervenir en séance plénière, tout en ayant pris le temps d'un vrai bon repas et d'un apéro avant de repartir. La messe est dite. 

Nos amis nantais ont réussi l'exploit de réunir près de trois cents personnes, pour la plupart membres de l'une des organisations politiques du Front de Gauche (PC, PG, Gauche unitaire, Gauche anticapitaliste ou Alternatifs), mais beaucoup d'autres participant-e-s sont intervenus dans les débats en précisant qu'ils n'étaient pas « encartés ». 

Pourtant les relations ne sont pas toujours faciles au sein du FDG 44, nos camarades communistes étant souvent tiraillés entre la crainte de perdre des élus aux prochaines élections et la volonté de construire une véritable alternative de gauche à la politique ultra-libérale menée par le gouvernement PS-EELV. Le nucléaire en question. Il faut reconnaître que les débats étaient sereins et directs. J'en veux pour preuve l'atelier Ecologie-énergie, auquel j'ai participé, avec un scientifique, membre du PC, qui a tenté de démontrer, non sans talent, que le mix énergétique le moins coûteux et le plus efficient intégrait la relance de l'industrie nucléaire, qui, comme l'on sait, n'a que peu d'influence sur le réchauffement climatique. Pour ce monsieur, "les déchets ne sont pas un problème et puis de toute façon, on ne peut vivre sans risque!" Il a enfin fini par nous révéler qu'il était retraité du CEA et de l'agence de sûreté nucléaire; ce qui explique sans nul doute à la fois ses compétences, sa foi inébranlable dans les vertus de l'atome... et son aveuglement;-) Tout cela s'est fait avec une conscience partagée de l'urgence écologique, mais pas vraiment d'accord sur les mesures concrètes, comme la sortie du nucléaire ou la sobriété énergétique comme premier levier de baisse de la consommation. Cela dit, j'ai pu vérifier que nos amis des Alternatifs et de Gauche anticapitaliste partagent le même point de vue que nous autres du PG sur ces questions... 

En fin d'après-midi s'est tenue une table-ronde, ou plutôt une séance plénière avec une tribune de cinq intervenants: Olivier Dartigolles pour le parti communiste, Katell Andromaque pour Gauche anticapitaliste, Jean-François Pellissier pour les Alternatifs, Nicolas Béniès pour Gauche unitaire et votre serviteur au nom du parti de gauche. L'unité du Front de Gauche avant tout. 

Le plus frappant dans ce débat, au cours duquel plus de trente personnes sont intervenes de la salle, c'est qu'une bonne partie d'entre elles ont précisé qu'elles n'étaient membres d'aucun parti politique. Une très grande convergence de vue s'est exprimée quant à la nécessaire remobilisation du Front de Gauche. 

Olivier Dartigolles a souligné l'importance de la marche du 5 mai en y appelant avec un enthousiasme appuyé par son musical accent méridional. Il espère un rassemblement de toutes et celles qui ont voté Hollande pour un véritable changement. Il a précisé, ce qui était à mes yeux rassurant, qu'il ne croyait pas à un revirement des appareils du PS et d'EELV. J'espère que tous les militants du PC auront bien entendu le message! 

Katell Andromaque a insisté sur les combats écologiques à mener de front avec les luttes sociales, en ne manquant pas de faire une discrète allusion à Notre-Dame-des-Landes. 

De leur côté, Nicolas Béniès et Jean-François Pellissier ont développé avec conviction et raison l'enjeu de la bataille démocratique, tant sur le plan institutionnel que dans nos propres pratiques. 

Construire une alternative. 

J'ai pour ma part évoqué l'importance d'allier les mobilisations de résistance à la finance et à la politique d'austérité et la construction d'une alternative. Celle-ci passe autant par des propositions programmatiques que par nos fameuses « alternatives concrètes », dans les luttes et les territoires, qui sèment les graines, ici et maintenant, d'un autre monde... 

Cela m'amène à un autre constat, à la lumière de ces rencontres citoyennes: beaucoup de nos camarades du PC ne s'inscrivent plus ouvertement dans la construction d'un projet de société alternative au capitalisme, qui supposerait un travail d'élaboration d'une stratégie à long terme. Comme me le confiait un cadre communiste local « Nous essayons de faire pour le mieux pour opérer des transformations, dans le contexte réel. Un autre monde, ça me paraît fort loin et bien théorique. » Cette remarque éclaire parfaitement en quoi certains communistes limitent leurs ambitions à peser sur le parti socialiste, comme une sorte d'aiguillon. Encore sonnés par l'échec du « socialisme réel », ils n'osent plus chercher à trop préciser un modèle de société... Il est pourtant vrai qu'à l'heure où le gouvernement s'enfonce dans son échec programmé, il est bien difficile d'assumer une position d'aiguillon critique. Les communistes vont devoir choisir, tout comme les animateurs de la gauche socialiste et de la gauche d'EELV. 

Listes autonomes or not? That is the question. 

Et le problème va se poser très concrètement pour les Municipales. Cela a été le seul point sérieux de divergences entre le PC, d'une part, et le PG, GA et les Alternatifs d'autre part. Ces derniers ont clairement pris parti pour des listes autonomes au 1er tour alors que les communistes, soucieux de ne pas perdre d'élus, sont tentés par une alliance dès le premier tour avec le PS. On sent bien là des contradictions fortes au sein du parti communiste: sa base, ne voulant plus rien devoir aux socialistes, opte le plus souvent pour l'autonomie, alors que ses élus et cadres intermédiaires sont pour le moins conciliants vis-à-vis du PS, souvent au nom d'un bilan « positif »... qu'il conviendrait de débattre... 

Bref la direction du PC a du grain à moudre. Au-delà de ces débats qui font la diversité de notre Front de Gauche, je tiens à remercier chaleureusement pour leur accueil Augustin Grosdoy, Lionel Debraye, Laurette Chesnais et Aymeric Seassau.


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