mardi 16 décembre 2014

Congrès national des Alternatifs : pour un regroupement de la gauche alternative, pour un dépassement des Alternatifs dans Ensemble !


Le congrès des 13  et 14 décembre est la conclusion d’une longue discussion de notre mouvement sur son devenir et sera donc le troisième portant sur sa participation au Front de Gauche et son dépassement dans un nouveau mouvement. Le texte final du congrès de novembre 2012 (53.37 % pour, 34.75 % contre et 8.88 % abstentions) décidait la participation des Alternatifs au Front de Gauche et de contribuer à l’émergence d’un pôle rouge et vert. 

Lors du congrès de novembre 2013 le texte majoritaire pris en considération par des votes allant selon les thèmes de 62.7 % à 64.4 % et adopté finalement par délégué-e-s (pour les parties en question entre 71.2 % et 74.5 %) confirmait l’engagement des Alternatifs au sein du Front de Gauche et sa participation au processus de regroupement « Tous Ensemble-Trait d’Union » appelé aujourd’hui Ensemble! 


C’est donc après plus de 24 mois de discussions, et conformément à la conclusion du congrès précèdent, que ce congrès devrait trancher positivement, selon nous, en faveur du dépassement des Alternatifs au sein d’Ensemble!, regroupement d’une gauche alternative, radicale et unitaire, permettant de mettre fin à l’éparpillement de groupes et de militant-e-s qui sont d’accord sur l’essentiel de leurs analyses et de leurs engagements, même si des discussions voire des différences peuvent perdurer entre eux. 

Une crise systémique qui s'approfondit : risques majeurs et possibles émancipateurs

La crise systémique est une crise de civilisation. C’est tout d'abord une crise majeure du capitalisme qui se voit confronté à l'éclatement simultané de contradictions sociales et écologiques. 

Depuis le milieu des années 1970, les classes dominantes n’ont eu de cesse de restaurer les profits capitalistes en augmentant l'exploitation du travail, en attaquant les salaires et les droits des salarié-e-s notamment par leur mise en concurrence généralisée dans la mondialisation néolibérale. Le tout accompagné par une expansion de la financiarisation de l'économie. 

Ce modèle économique a débouché sur la crise de 2007/2008 qui n'en finit pas de s'approfondir à l'échelle mondiale avec les conséquences que l'on connaît : le chômage de masse et la précarité galopante. 

La dimension écologique de la crise est fondamentale. 

Les derniers travaux du GIEC confirment la gravité du réchauffement climatique. A cet égard, les mobilisations autour du prochain COP21 à Paris en 2015 seront essentielles. Pollutions, recul de la biodiversité, épuisement des ressources et dérèglements climatiques donnent la mesure de cette crise. La catastrophe de Fukushima a posé de manière radicale la question du nucléaire et l'exigence d'y renoncer de manière immédiate et définitive. 

Cette crise écologique s’exprime aussi dans de grands projets inutiles et imposés, de plus en plus contestés par une mobilisation citoyenne multiforme qui est un des fondements de la politisation radicale d'une partie de la jeunesse. 

Ainsi, nous avons à faire à un véritable « capitalisme du désastre » qui ne sait pas comment faire face à ses propres contradictions sans les aiguiser : « le capitalisme ne peut trop exploiter la force de travail sans ruiner ses possibilités d’expansion, et il ne peut non plus trop exploiter la nature sans détériorer ou détruire la base matérielle de l’accumulation » (J.-M. Harribey). 

Face à cela, le pire -des solutions politiques de plus en plus autoritaires, voire post-fascistes- comme le meilleur -un changement radical porté par les peuples vers une véritable alternative au capitalisme- sont possibles. 

La crise systémique est aussi une crise géopolitique. 

La remise en cause de l'hégémonie du « Nord » est un phénomène majeur qui ouvre des possibles émancipateurs. Après le temps des décolonisations, une nouvelle étape s’est ouverte à partir des années 1990 en Amérique indo-afro-latine et à partir de 2010 dans le monde arabe par l’ouverture d’un processus révolutionnaire social et démocratique. 

Ces processus populaires recèlent une dynamique émancipatrice dans laquelle se pose la question de l’auto-organisation des dominé-e-s. Ils sont toujours ouverts et vivants même s'ils ne sont pas linéaires. Ils sont marqués par de nombreuses contradictions et doivent faire face à d’importantes difficultés. Celles-ci peuvent prendre la forme de l'offensive des mouvements djihadistes, qui doivent être combattus en particulier en fournissant des armes aux forces qui s’y opposent ; ceux-ci se nourrissent des impérialismes qui sacrifient les volontés populaires sur l'autel de leurs intérêts et dont les chocs déstabilisent durablement des régions entières, comme le montre l'émergence de l'organisation de « l'Etat islamique » en Syrie et en Irak. 

Ainsi les impérialismes des Etats-Unis et des puissances européennes sont toujours bien vivants -à l'image de leur actions en Ukraine ou au Moyen Orient- tandis que d'anciens impérialismes -le rôle de la Russie de Poutine dans la crise ukrainienne et dans le soutien à Bachar Al-Assad en Syrie- comme de nouveaux -l'impérialisme économique de la Chine en Afrique- s'affirment. Il est nécessaire de réaffirmer notre solidarité active avec les processus en cours en Amérique indo-afro-latine et dans le monde arabe. 

La solidarité avec la révolution populaire syrienne et l’aide aux révolutionnaires syrien-ne-s ainsi qu'aux combattant-e-s kurdes sont d’une brûlante actualité aussi bien contre l'organisation de « l'Etat islamique » que contre le régime de Bachar Al-Assad et contre toutes les formes d'interventions impérialistes. Le FSM 2015 de Tunis en sera un moment important. 

Enfin, la lutte du peuple palestinien est toujours centrale et nous devons plus que jamais la soutenir. Le soutien grandissant à la campagne BDS est ici porteur d'espoir, ainsi que la mobilisation pour Gaza et son impact dans les quartiers populaires en France notamment. 

La situation économique et sociale européenne est des plus inquiétantes : la zone euro, après deux années de récession, est aujourd'hui au bord de la déflation. Les bourgeoisies européennes ont fait le choix de faire payer la crise aux salarié-e-s européen-ne-s avec la généralisation à l'échelle du continent de politiques austéritaires, d'une extrême brutalité en Europe du sud, produisant une explosion du chômage et de la pauvreté. 

La crise en Europe a aussi une dimension profondément démocratique. Les citoyen-ne-s européen-ne-s se sentent de plus en plus dépossédé-e-s de leur souveraineté dans une Union européenne au fonctionnement autoritaire et technocratique. Les négociations autour du TAFTA en sont le symbole. 

Les élections européennes ont montré l'étendu de cette crise dans sa dimension politique, sur fond de discrédit de la classe politique, avec la montée en Europe du racisme et de l’extrême droite. 

Mais ces élections ont aussi permis de mettre en avant des points d'appui pour faire émerger une véritable alternative européenne : c'est la progression globale de la gauche de gauche avec le score historique de SYRIZA en Grèce mais aussi l'émergence du mouvement PODEMOS en Espagne issu des Indigné-e-s. 

Enfin, les mobilisations citoyennes et altermondialistes anti-TAFTA montrent que les citoyen-ne-s veulent avoir leur mot à dire sur les politiques dans l'UE. 

En France, la crise économique et sociale s'accentue 

Et pour toutes réponses le gouvernement Valls II multiplie les déclarations provocatrices contre les salarié-e-s et les chômeurs/chômeuses . 

Dans la droite ligne de la politique menée depuis 2012, les choix économiques sont clairs -austérité et soutien au capital- et ne pourront en aucun cas apporter un début de solution à la crise et au chômage de masse. Mais la fuite en avant concerne aussi d'autres domaines : reculades sur le terrain écologique (abandon de l’écotaxe) ; renoncements multiples en matière d'égalité des droits (PMA, loi famille, droits de vote des étranger-e-s) ; discours xénophobes à l'égard des Rroms et des Musulman-e-s ; mise en place d'une politique liberticide sous couvert de lutte contre l'antisémitisme et d'antiterrorisme ; multiplication d'interventions impérialistes et soutien total à la politique israélienne contre la population de Gaza. A cela s'ajoute une véritable crise de régime d'une Vème république à bout de souffle et d'une « majorité présidentielle » de plus en plus étroite. D'où une crise politique d'une importance majeure qui s'est révélé dans toute son ampleur lors des élections municipales puis européennes. 

Les crises sociale et démocratique, la crise de la représentation politique sont le terreau d'un abstentionnisme de masse et d'un vote FN qui s'ancre de plus en plus dans la société. La montée du racisme en particulier contre les Maghrébin-es, Africain-es ou Rroms, mais aussi un certain renouveau de l'antisémitisme en sont les symptômes inquiétants. Le sentiment d'une grande partie de la jeunesse et des couches populaires de ne plus se sentir représentée par la gauche, phénomène aggravé par les politiques menées aujourd'hui, en sont une cause majeure. Le FN en profite pour tenter de construire une hégémonie culturelle d'extrême droite qui remporte des succès dans le champ politique et maintenant dans la société. 

Mais des éléments de résistances et d'alternatives existent aussi. Des évolutions sociologiques de longue durée ont fait reculer les attitudes ethnocentristes et autoritaires et ont amplifié les aspirations d'autonomie et d'égalité en particulier dans la jeunesse. 

Une nouvelle culture politique, non sans rapport avec l'autogestion, faite d'exigences démocratiques fortes, du refus de la personnalisation et de la délégation de pouvoir s'était déjà exprimée dans les révolutions arabes puis le mouvement des indigné-e-s, Occupy, etc. : elle se diffuse dans les diverses mobilisations. 

Des expérimentations alternatives se multiplient pour proposer des manières différentes de travailler, de consommer et de vivre avec notamment la lutte victorieuse des FRALIB ou la lutte prometteuse des ex-Pilpa, les luttes à NDDL ou encore les Alternatiba qui essaiment un peu partout. Ce sont des points d'appui majeurs pour la reconquête de l'hégémonie mais ils restent encore trop isolés, sans articulation globale et sans traduction politique à une échelle de masse.



Projet et révolution longue, transition 

Le mot "Alternative" et ses variantes, très fréquemment utilisé dans le contexte de la gauche de la Gauche mais avec des sens différents, désigne souvent l’alternative politique, d’autres fois un projet de société. 

Regroupement de forces 

Rassemble-t-on les citoyens autour de la construction d’un projet de transition, ou rassemble-t-on des forces politiques autour d’objectifs à court terme ? Il nous faut respecter nos interlocuteurs militant-e-s et citoyen-e-s car, sans cela pas d’autogestion. Il ne s’agit pas de rassembler des forces de manière non critique dans la résistance à l’austérité, au risque que ces forces se disloquent au moment des choix de transformation sociale... 

D’ailleurs, aujourd’hui, les citoyens ne s’engagent plus s’ils ne savent pas ce qui peut suivre... Seul un projet, élaboré avec toutes et tous et confronté à l'expérimentation, permet de regrouper de manière durable des forces en accord avec sa cohérence. 

Le projet des Alternatifs est un projet de transition… 

Il n’est donc nullement question de renvoyer à plus tard la réalisation du projet. Nos utopies sont des utopies concrètes. 

Cependant des aspects de notre projet présupposent des transformations dans le domaine du politique pour aller vers l’auto-administration, notamment une redéfinition de la citoyenneté et le développement de la démocratie, ainsi que des ruptures mais pouvant être expérimentées dans des espaces de liberté que nous pouvons ouvrir, en particulier par notre présence dans les collectivités locales.

 … et un projet de transition écologique

« La révolution longue est un processus qui n’a ni début ni fin, qui se vit dans le présent et procède par accumulation de pratiques et de réflexions collectives. Les Alternatifs n’attendent pas un grand soir mais une révolution qui enfonce ses racines dans le quotidien » (Concept défini au Congrès de Nantes 2000). Il faut abandonner nos soucis d’efficacité et de croissance pour la diversité, la proximité et l’autonomie. 

La transformation du mode de production dominant est en jeu et implique : 
-  des changements politiques et réglementaires de rupture (énergie, économie …), 
- la constitution progressive d’un fort mouvement social réunissant des travailleurs avec des citoyens/consommateurs et liant objectifs sociaux et écologiques, 
- une intervention dans les secteurs clefs pour constituer des unités productives et des formes d’échangefavorables aux nouvelles orientations (comme le mouvement coopératif). Cette intervention implique une évolution du système financier, 
- la transformation du rapport à la production et à la consommation d'énergies en abandonnant le nucléaire, 
- la transformation des rapports internationaux. La transformation de l'économie n'est pas le tout de la transition ; elle s'en tient à la mise en rapport des produits et des besoins. 

Des activités non-économiques, comme l'aménagement du territoire, doivent revenir sous le contrôle des citoyen-ne-s pour établir des règles communes d'occupation de l'espace. Il n’y a donc pas une planification économique ou écologique mais des processus de planification qui s’imbriquent. 

Sans approche géographique Il n'y a pas d'approche écologique (zones humides, sols et leur artificialisation). Cela impose une transformation de l'Etat et de l'activité politique elle-même comme décrite dans la Charte municipale et intercommunale des Alternatifs. 

Le Front de Gauche en panne, mais « faire front » reste nécessaire 

Le Front de Gauche, bien qu’ayant acquis et conservé un rôle central dans l’espace politique à gauche du PS, est aujourd’hui en difficulté, et peine à créer une dynamique vers un objectif clair. Fondé en fonction d’échéances électorales, il n’a pas été en mesure d’organiser des campagnes d’ampleur, ni d’agréger, de façon durable et significative des secteurs militants au-delà des organisations qui le composent. Les déclarations des uns et des autres, réitérées à l’assemblée de rentrée du 6 septembre, pour « l’ouvrir largement », restent lettre morte. La question des « adhésions directes » reste en suspens, la vie des « fronts thématiques » est limitée. 

Le Front de Gauche reste en panne : pas de budget propre, pas d’expression publique permanente autour d’un site ou d’un journal, un fonctionnement minimal voire inexistant dans nombre de départements… Il s’en suit un étiolement des Assemblées citoyennes, des collectifs locaux… 

Le Front de Gauche reste donc pour l’essentiel un cartel à vocation électorale. Sur ce terrain, il a connu sa plus grave crise depuis sa création avec les municipales de 2014. La confusion des positionnements du PCF, à géométrie variable suivant les villes, et les divisions qui s’en sont suivies, ont rendu son image illisible. Cette crise a laissé des traces importantes qui ne sont pas comblées aujourd’hui. Malgré cette situation, le Front de Gauche a survécu et pu faire campagne en tant que tel à l’occasion des élections européennes. Mais il se stabilise à un socle de 6,33% qui, s’il n’est pas dérisoire, est loin de l’espoir qu’avait fait naître la campagne de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle, avec un score à 2 chiffres (11,10%). 

 De son côté, actant une panne durable du Front de Gauche, le PG tente de contourner sa crise par une fuite en avant autour du lancement par Jean-Luc Mélenchon du « mouvement pour la 6ème république », en tentant de reproduire en France l’expérience de « Podemos » en Espagne. Cela passe par une forte relativisation du rôle des partis dans la période actuelle (une analyse que nous pourrions partager), mais en survalorisant de fait le rôle de « l’homme providentiel » … 

La possibilité réelle de voir se développer un mouvement populaire autour de l’exigence démocratique, « à froid » en dehors d’un mouvement social d’ampleur, peut être considérée comme très faible. Ainsi, cette initiative risque fort de créer un dérivatif dangereux pour la constitution d'un mouvement significatif face aux problèmes de la période. Certes la question des institutions en fait partie mais elle ne peut être isolée. 

Malgré toutes ses difficultés, la nécessité de « faire front » interdit à toutes les composantes de tirer un trait sur le Front de Gauche. La nécessité de disposer d’une force de « résistance », comme celle d’apparaître dans la population comme une identité porteuse d’une alternative à la gauche du PS sont perçues par les diverses composantes comme un socle qu’il serait négatif de disperser. L’assemblée du 6 septembre l’a confirmé : tout le monde déclare vouloir « ouvrir largement » le Front de Gauche et s’adresser « au peuple » même si aucune décision concrète n’est prise pour y parvenir … 

Il est nécessaire de dépasser cette situation : au-delà des adhésions directes et de l'amélioration du fonctionnement et pour les favoriser, le FdG doit définir une stratégie et proposer des réponses crédibles et mobilisatrices dans la période. Cela passe par des assises pour enclencher un processus de travail/mobilisation sur le projet et sur des thèmes mobilisateurs : RTT, emploi pour tous et toutes, transition écologique, 6° République … 

Quel que soit le devenir du Front de gauche, l’unité de la gauche de transformation sociale et écologiste se rassemblant dans sa diversité est indispensable. 

Les Alternatifs sont donc favorables à ce que le mouvement Ensemble! poursuive sa participation à tous les niveaux du Front de Gauche, de l’assemblée citoyenne locale jusqu’à la coordination nationale, en passant par les fronts thématiques, en ayant toujours le souci de l’ouverture la plus large de celui-ci et de l'instauration d'une dynamique autour d'un projet et de propositions. Cette participation active n’est évidemment pas exclusive et n’empêche nullement des campagnes sur tel ou tel terrain avec des partenaires qui n’appartiennent pas à ce Front. 

Ensemble! : une construction bien partie 

Né en novembre 2013, Ensemble! est en passe de réussir son pari : celui de rassembler dans un même mouvement des courants politiques organisés partageant une réelle proximité d'idées et des militant-e-s syndicalistes, associatifs/ves n’appartenant à aucune composante, aux parcours distincts et aux cultures politiques différentes, rompant ainsi avec la tentative de créer une force à partir d’un seul courant politique hégémonique (comme ce fut le cas pour le NPA en 2009). 

La tenue très régulière de collectifs nationaux d’Ensemble!, la 1ère université d’été dont le succès a été remarqué par l’ensemble des composantes politiques de la gauche de transformation, ont permis de se réapproprier une culture politique commune, celle d’une gauche radicale anticapitaliste et de commencer à dessiner une nouvelle culture politique, celle d’une gauche alternative en gestation se référant autant au rouge qu’au vert, autant au féminisme qu’à l’altermondialisme. 

Sur le plan organisationnel, des progrès ont été réalisés (site, communication, trésorerie) permettant d’assurer un début de visibilité et de reconnaissance politiques. 

La candidature de Myriam Martin, tête de liste Front de Gauche dans la circonscription « ouest » à l'élection européenne de Juin 2014, a contribué à asseoir cette visibilité. A cette occasion, dans leur diversité, les militant-e-s d'Ensemble! ont montré leur capacité collective à animer, avec d'autres, une campagne de masse, avec un résultat électoral honorable malgré la jeunesse du Mouvement et les difficultés que le Front de Gauche a eues, au plan national, à entrer dans cette séquence électorale européenne. Et les tensions actuelles du Front de Gauche ont entraîné celles et ceux qui sous-estimaient l’importance d’une organisation spécifique de la gauche alternative à réévaluer sérieusement cet enjeu. 

Ensemble! entend donc contribuer à sa mesure à la reconstruction d’un projet alternatif au système capitaliste et productiviste en « y intégrant les dimensions sociales, écologiques et démocratiques dans un même projet de luttes de classes émancipateur » en plaçant l’écologie au coeur de son projet de société et en réalisant la synthèse « du meilleur des traditions du mouvement ouvrier, communiste, socialiste, écologiste et républicain » et des « apports de luttes féministes et pour l’égalité des droits ». 

La force politique nouvelle que cherche à construire Ensemble! se situe en rupture avec le modèle du « parti- guide » ou de « l’avant-garde » et s’efforce de promouvoir des relations horizontales, non hiérarchisées entre le mouvement politique qu’il veut incarner et les expressions dont se dotent les mouvements sociaux. Un équilibre politique acceptable a donc été réalisé entre les militant-e-s qui ont fondé et se retrouvent dans Ensemble!, équilibre qui permet aux militant-e-s des Alternatifs qui défendent une orientation anticapitaliste et écologiste, autogestionnaire, féministe et altermondialiste de s’y investir pleinement. 

Cette année d’expérimentation étant donc tout à fait positive pour Ensemble! , il devient alors possible pour les composantes politiques fondatrices d’envisager leur dépassement : C&A s’est dissout en février 2014, Unitaires (ex-GU emportant une majorité des militant-e-s) s’y est très clairement engagé et le choix du dépassement a été confirmé en juin 2014 par la GA et la FASE. 

En prenant majoritairement lors du précédent congrès la décision de participer à la création d’Ensemble!, les Alternatifs ont choisi de déployer à une plus grande échelle, les 2 axes stratégiques qui ont toujours été les leurs : l’unité de la gauche de transformation de la société et la construction d’un parti-mouvement de gauche alternative : solidaire, écologiste, féministe, autogestionnaire et altermondialiste. 

En ce sens, il n'y a nulle disparition des 4 piliers fondamentaux des Alternatifs. Il s'agit bien de leur prolongement et de leur développement dans un cadre élargi, permettant de peser autrement plus fort dans un contexte d'offensive libérale. Indépendamment de ce que sera l'avenir du Front de Gauche, la gravité de la crise systémique rend plus que jamais nécessaire le rassemblement de la gauche alternative en vue de contribuer à changer les rapports de force et à offrir la perspective d'une autre société. 

Notre apport collectif hérité de notre histoire et de nos pratiques, est pris en compte par Ensemble ! et croise d’ailleurs des démarches de militant-e-s venant d’autres horizons politiques, associatifs ou syndicaux. L’orientation politique en matière éducative travaillée par la commission Education des Alternatifs est en passe d’être très majoritairement reprise par Ensemble !. 

Les militants des Alternatifs, avec d’autres, ont été à l’origine de la création de la commission démocratie active et autogestion qui regroupe plusieurs dizaines de militant-e-s et l’Université d’été a consacré un moment central aux débats sur l’appropriation sociale et a permis de mesurer l’apport des expériences des SCOP, par exemple des ex Pilpa de « la fabrique du Sud » ou des ex Fralib de la toute récente SCOP-TI… 

Bien évidemment, loin d'être achevé, Ensemble! reste un processus en construction. 

Des questions restent en suspens, des risques doivent être écartés, des débats demandent à être approfondis. Ainsi dans un contexte d’incertitude sur l’avenir du Front de Gauche, l’initiative récente de la création du « Mouvement pour la 6ème République » représente un risque, celui de la captation de ce combat par un seul courant politique ou comme tremplin à une candidature présidentielle qui en finirait avec l'unité de la gauche de transformation. 

Nous considérons avec Ensemble! que seules des « assises » représentant l’arc de la transformation sociale et écologique sont à même de prendre en compte l’avancée que représente cette lutte. 

Ensemble! s’est prononcé pour une organisation interne de type fédéral et les collectifs locaux d’Ensemble! sont autonomes. Un débat s’est cependant engagé sur les degrés de fédéralisme et d’autonomie des groupes locaux, sur l’importance ou la relativisation de l’adhésion pour participer au Mouvement politique que représente Ensemble! 

Les Alternatifs peuvent dans ce débat faire connaître les acquis politiques majeurs que représentent leurs réflexions sur le parti-mouvement et au-delà les expériences du courant autogestionnaire. Les textes adoptés jusqu'ici par Ensemble ! reprennent pour l'essentiel des principes d'organisation qui nous sont proches. 

Dans la perspective du « congrès fondateur » de janvier 2015, les Alternatifs oeuvreront pour qu'Ensemble! se dote d'une charte politique et de statuts préfigurant la société autogestionnaire que nous voulons et confirmant ces principes démocratiques d'organisation : autonomie des collectifs locaux, recherche du consensus, droit à l'objection individuelle et collective, ouverture aux expérimentations... 

Enfin, si la finalité d’une société autogestionnaire fait consensus au sein d’Ensemble!, la question de l’autogestion comme démarche et comme chemin, c’est-à-dire comme axe stratégique permettant d’engager des ruptures avec le système capitaliste et de donner à voir la société post capitaliste, doit encore être débattue et approfondie. 

Au sein d'Ensemble ! et ailleurs, nous continuerons à militer et à nous mobiliser avec d'autres mouvements, partis, comme nous l'avons fait depuis la création des Alternatifs, et par exemple, les écologistes radicaux, les objecteurs de croissance, libertaires, militantEs, des expérimentations autogestionnaires, dans des domaines comme les Foires à l'autogestion , les Alternatiba, et dans les nombreux collectifs locaux et nationaux... en nous appuyant sur nos piliers Autogestion , Ecologie, Féminisme, Solidarités. 

Pour le dépassement des Alternatifs dans le mouvement Ensemble! 

Cette période d'expérimentation nous a donc permis de vérifier que le processus de convergences des différentes forces qui composent Ensemble! est en bonne voie et devrait aboutir à l'officialisation de cette nouvelle force politique lors d'une Assemblée qui se déroulera du 30 janvier au 1er février 2015. Nous souhaitons que les militant-e-s de notre mouvement confirment clairement le choix de notre participation à Ensemble !, choix déjà ratifié par la majorité d'entre elles/eux lors de notre congrès de novembre 2013. Ce choix serait cohérent avec la volonté exprimée depuis la création des Alternatifs de son propre dépassement et de l'émergence d'une gauche alternative. Si tel est le cas, et dans le respect de la minorité, les militants se retrouvant dans cette orientation pourront s'investir de façon plus active dans Ensemble!, les autres pourront mener à bien leur propre projet. 

Le dépassement des Alternatifs dans Ensemble! ne signifie pas l'abandon de son patrimoine politique mais sa poursuite dans un cadre élargi et rajeuni. La continuité de ce qui fait l'originalité de notre mouvement sera le fruit de notre contribution dans Ensemble! 

Au sein du nouveau mouvement, nous porterons notamment des thèmes qui nous semblent essentiels pour une véritable alternative émancipatrice : l'autogestion et la démocratie active comme stratégie pour répondre à la crise démocratique ; la RTT comme réponse à la crise sociale mais aussi pour ses dimensions féministes et écologistes ... 

Parallèlement, en vue de développer les idées et pratiques autogestionnaires, nous proposons sur un autre terrain de conforter un réseau pour l'alternative, l'autogestion et l'altermondialisme, largement ouvert, en mesure de garder une expression propre (à travers, par exemple, un journal/revue qui pourrait prendre la suite de Rouge et Vert), et une capacité d’initiative (à travers, par exemple, l’organisation de rencontres). 

Ce réseau n'a pas pour finalité d'être un courant interne ("une tendance") figeant les débats et les positions au sein d’Ensemble. Il se veut ouvert à toutes celles et tous ceux, membres ou non d’Ensemble, qui considèrent que l’autogestion à la fois comme but , démarche et chemin est une des dimensions essentielles du projet politique d’une gauche alternative et altermondialiste. 

A l’issue du congrès des Alternatifs en 2015,une réunion nationale de constitution de ce réseau sera organisée qui devra définir les objectifs, la forme du journal (papier ou numérique) qui sera le support spécifique de son expression, élire une(/des) équipe(s) chargée(s) du journal et de l’animation du réseau, établir le montant des cotisations permettant d’assurer son existence. Une (ou des) assemblée(s) générale(s) annuelle(s) des membres de ce réseau se tiendront pour faire un bilan et tracer des perspectives pour promouvoir toutes initiatives alternatives,autogestionnaires et altermondialistes. 

Ce texte d'orientation a été voté par le Congrès du 14 Décembre 2014 par 67,55% pour, 27,73% contre et 4,72% abstention.

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