samedi 2 mars 2013

Premières leçons italiennes


Les élections italiennes ont sanctionné sans appel les politiques d'austérité désastreuses imposées de manière autoritaire aux peuples d'Europe par la troïka et les marchés financiers. La déroute de la coalition de leur candidat Monti en témoigne avec éclat. Pour la première fois dans ce pays, c'est aussi une construction européenne sous la coupe des orientations économiques libérales qui a été désavouée tant elle est associée désormais à un mépris absolu de la démocratie. 

Mais ces élections n'ont rien réglé : laboratoire de l'UE, l'Italie est aussi un labyrinthe à la sortie introuvable. 

Le centre-gauche, après avoir mis en œuvre ou soutenu depuis plus de vingt ans les politiques économiques libérales, a cautionné l'expérience Monti et voté sa politique : il ne constitue en rien une alternative ni à Monti ni à Berlusconi. C'est ce qui explique sa victoire à la Pyrrhus : en recul par rapport au précédent scrutin, il n'a gagné que de justesse et s'avère incapable de gouverner avec une majorité stable, à la recherche d'un accord improbable avec le mouvement de Grillo ou la coalition Monti.

Le mouvement de Grillo apparaît comme le véritable vainqueur du scrutin : avec un quart des voix, il devient le troisième groupe parlementaire du pays. Ce résultat est l'expression d'une crise majeure de la politique et de sa représentation et un vote d'opposition à la barbarie libérale, notamment dans la jeunesse. Mais, s’il constitue un phénomène de type nouveau, dans lequel se mêlent les thématiques écologique et sociale, l'aspiration à la démocratie réelle, le refus de la corruption, ce mouvement reste très ambigu avec notamment une extrême personnalisation, une absence totale de démocratie interne du mouvement et, plus grave encore, le souhait de voir disparaître les syndicats, le refus de l'antifascime, et la reprise de thématiques xénophobes. 


Rappelant l'étonnant bon résultat de Sarkozy au second tour présidentiel de 2012, la remontée dans la dernière ligne droite du Pôle des libertés de Berlusconi, qui a été à deux doigts de l'emporter malgré son discrédit personnel, en dit long sur la crise italienne. Que se serait-il produit s'il l'avait emporté, flanqué de ses alliés que sont la raciste Ligue du Nord et deux organisations ouvertement fascistes ? 

Au lendemain de ces élections nationales, la situation italienne est plus instable que jamais, lourde de danger, mais aussi significative du refus populaire massif, de la Grèce à l'Espagne, des diktat des marchés, du FMI et de l'Union Europénne. 

L'échec du rassemblement de la gauche de gauche, divisée entre SEL alliée au centre-gauche et le pôle de Révolution civile constitué autour d'un juge anti-mafia avec la participation d'une partie de la gauche alternative, en particulier à Naples et le PRC, se traduit par l'incapacité de Révolution civile à entrer au Parlement. C'est un élément qui vient ajouter à la confusion et qui contribue à laisser la colère sans réelles perspectives politiques. 

Monti, candidat de la troika est balayé, mais, en Italie comme dans le reste de l'Europe, l'amplification des mobilisations populaires est urgente pour que la colère débouche sur l'alternative.

1 commentaire:

  1. Quelques remarques et précisions :

    1° Concernant la loi électorale italienne :

    Il s'agit d'une proportionnelle pondérée. Une liste doit obtenir au moins 4% pour avoir des élus. La liste arrivée en tête obtient 55% des sièges, les autres se partageant le reste. Les italiens de l'étranger et la Valée d'Aoste sont comptés en plus.
    Nuance : si, à la Chambre des Députés, la répartition se fait sur une base nationale, elle se fait par région au Sénat. Une liste qui est en tête dans les régions les plus peuplées empoche plus de sièges.
    Une liste peut comporter plusieurs partis qui se répartissent les sièges (mais chaque parti doit obtenir au moins 2% pour avoir un élu à la Chambre).
    Pour être investi, le Président du Conseil pressenti doit obtenir la majorité absolue à la Chambre ET au Sénat.

    2° Les résultats (NB : il y a quelques sénateurs à vie en plus des sénateurs élus)

    Abstention record : un peu plus de 25% (contre moins de 8% dans les décennies de l'après guerre)

    CHAMBRE DES DÉPUTÉS

    Centre gauche (Bersani) : 29,54% - 345 sièges
    Droite (Berlusconi) : 29,18% - 125 sièges
    Mouvement 5 étoiles (Grillo) : 25,5% - 109 sièges
    Centre (Monti) : 10,56% 49 sièges
    Divers (Vallée d'Aoste + listes spécifiques aux Italiens de l'étranger) : 4 sièges.
    Gauche (Ingroia) : 2,25% - 0 sièges

    La coalition de centre gauche passe en tête de très peu grâce à l'alliance avec deux partis autonomistes du Trentin-Haut Adige.

    SÉNAT

    Centre gauche : 31,63% - 123 sièges
    Droite : 30,71% - 117 sièges
    M5S : 23,8% - 54 sièges
    Centre : 9,13 - 19 sièges
    Divers : 2 sièges
    Gauche : 1,75% - 0 sièges

    3° Concernant le résultat spectaculaire de Grillo, j'ai écrit 2 articles dans mon blog :gerard.fretelliere.over-blog.com/(rubrique "International") et - revenant d'Italie - je vais en écrire un autre.

    4° Concernant le score de "Revolution Civile" : elle a pâti, à la fois, -du vote utile (et si le SEL - qui se veut "Rouge et Vert" - n'avait pas fait alliance avec Bersani, Berlusconi passait devant)
    -de la concurrence de Grillo
    -du manque de cohésion de l'alliance

    5° Il n'y avait pas vraiment de "fascistes" dans l'alliance de droite autour de Berlusconi ; seulement des anciens du parti néo-fasciste qui, avec Fini, avaient transformé le parti en un parti de droite classique. En s'alliant avec Berlusconi, ils ont des élus alors que Fini qui a rompu avec Berlusconi pour s'allier avec Monti fait chou blanc et est "fini". Ceci étant, le discours de la droite est du même style que celui de Sarkozy.

    Gérard

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