mardi 4 septembre 2012

Québec : la gauche québecoise et les élections du 4 septembre



En ce jour d'élection au Québec, nous vous invitons à lire l'article rédigé par notre camarade sarthois Gérard Frétellière sur son blog (dans nos liens).

Le Québec a connu, ce printemps, un puissant mouvement étudiant dit "printemps érable" (jeu de mot avec "printemps arabe") qui a ébranlé le gouvernement de Jean Charest, premier ministre du Québec, du Parti Libéral Québecois. Celui qui est premier ministre depuis 2003 a donc décidé de convoquer des élections générales anticipées le 4 septembre 2012. Le scrutin s'annonce serré et un des enjeux sera la place prise par le principal parti de gauche : Québec Solidaire. 

Quelques particularités de la vie politique québecoise. 

On peut en distinguer 4 principales :

 - 1° Le Canada est un État Fédéral dont les Provinces ont beaucoup plus de pouvoirs que les régions en France et que les lânder allemands. En particulier, une Province peut promulguer des lois dans de nombreux domaines. Pour les Québecois, les élections les plus importantes sont celles de la Province que l'on appelle d'ailleurs "élections nationales" (celles qui concernent tout le Canada étant les "élections fédérales"). Il y a des partis différents au plan fédéral et au plan national. Exemple : le Nouveau Parti Démocratique (second au Canada et premier au Québec depuis 2011) n'a pas de "parti frère" au Québec. Autre exemple : le Parti Libéral du Québec est distinct du Parti Libéral Canadien... 


- 2° Le Québec est la seule Province majoritairement francophone. Un peu plus de 80% de la population a le français comme langue maternelle (environ 8% ayant la langue maternelle anglaise ; environ 3,5% d'autochtones Indiens, Inuits et Métis ; 8,5% d'allophones issus de l'immigration). En fait, la quasi totalité de la population parle le français (et - souvent - l'anglais) Cette singularité explique le poids de la "question nationale" dans la vie politique québecoise, surtout depuis 50 ans. Elle se traduit par un clivage entre : "fédéralistes" (partisans du maintien dans le Canada) dont le Parti Libéral Québecois est le principal tenant au plan québecois "souverainistes" (pour une plus grand autonomie voir l'indépendance) du Parti Québecois ainsi que de la plupart des autres partis locaux Au niveau fédéral, tous les partis sont fédéralistes hormis un parti, créé en 1993, représentant les souverainistes québecois au parlement d'Ottawa : le Bloc Québecois (qui ne sera jamais majoritaire dans le pays car il n'existe qu'au Québec) 

- 3° Le système électoral est le système anglo-saxon : scrutin majoritaire de circonscription (comme en France) MAIS à un seul tour. Ce qui veut dire que le vote utile (appelé au Québec "vote stratégique") joue à plein. Néanmoins, ce système n'a pas toujours empêché le succès de nouveaux partis. 

 - 4° Une recomposition permanente. D'une élection à l'autre des partis disparaissent ou font leur apparition du fait des scissions et fusions à longueur de temps. Ainsi, l'Union Nationale, qui a dominé de 1944 à 1960 a disparu corps et biens de même que le Rassemblement Créditiste . Le parti Québecois est né en 1968 de plusieurs groupes nationalistes de droite et de gauche. Une scission du PLQ donnera l'Action Démocratique du Québec (souverainiste de droite) qui après avoir eu 39 députés en 2007, a sombré depuis pour se réincarner dans la Coalition Avenir Québec (CAQ) formée, récemment, avec des transfuges du Parti Québecois. De même, les élus passent d'un parti à l'autre à en donner le tournis. Lucien Bouchard et Jean Charest ont été, tous les deux, députés et ministres du Parti Progressiste Conservateur (droite) au niveau fédéral. Le premier deviendra premier ministre du Québec pour le Parti Québecois puis fondera le Bloc Québécois alos que le second est premier ministre libéral du Québec depuis 2003. Plus fort : la famille Johnson dont le père et deux fils furent premiers ministres du Québec mais chacun dans un parti différent !

 Et la gauche ? 

 Au Canada, le principal parti de gauche est le Nouveau Parti Démocratique (NPD) membre de l'internationale Socialiste, dont l'originalité est qu'il comporte des adhésions collectives de syndicats. Il a dirigé ou dirige une demi douzaine de provinces Mais comme il est fédéraliste et que ses dirigeants sont essentiellement des anglophones, il n'a jamais percé au Québec et sa section québécoise a scissionné pour créer le PDS. 

 Le Parti Communiste a eu une petite influence dans les années 30 -40 et a fait élire un député fédéral (Fred Rosenberg dit Fred Rose) en 1943. La condamnation de ce dernier en 1946 pour espionnage et le poids des anglophones ont entraîné le déclin de ce parti et la scission de sa section québecoise. 

 Du fait du système électoral, les militants de gauche québecois, en particulier les syndicalistes, ont donc eu tendance à voter contre le parti le plus à droite. En 1960, le Parti Libéral de Jean Lesage a donc pris le pouvoir mettant fin à la "Grande Noirceur", période de domination de l'Union Nationale - parti réactionnaire pro pétainiste - sous la direction de Maurice Duplessis de 1944 à 1959. C'est la "Révolution tranquille" marquée par des lois audacieuses dans le domaine de l'économie, de la langue, des moeurs.... 

 Le PLQ ayant ensuite déçu, il y a, de 1966 à 1976, une alternance Union Nationale - PLQ. Les libéraux québecois deviennent un véritable parti de droite. Grand changement en 1976 avec la victoire du Parti Québecois de René Levesque. Celui ci, ancien libéral rallie les souverainistes et de nombreux syndicalistes. Il prend des mesures sociales et prépare la séparation d'avec le Canada. Néanmoins, en 1980, le référendum ne donne que 40,44% de OUI à l'indépendance (le Premier Ministre canadien, Trudeau, un Québecois, ayant fait campagne pour le NON). Le PQ apparaît désormais donc comme le parti de gauche au Québec. Le PQ perd le pouvoir en 1986 au profit du Parti Libéral puis le reprend de 1994 à 2001. Il relance l'option indépendantiste (le second référendum, en 1995, verra la défaite sur le fil du OUI avec 49,42% ) mais c'est pour mener une politique "libérale" au plan social et économique mobilisant contre lui un puissant mouvement social et aboutissant au succès du PLQ de Jean Charest en 2003. 

 D'où la volonté de créer un véritable parti de gauche qui se concrétise avec la constitution de Québec Solidaire.(1) Québec Solidaire et les autres QS est créé en 2006. Il s'agit de la fusion de deux mouvements : L'Union des Forces Démocratiques et Option Citoyenne. L'UFD est elle même le rassemblement de 3 partis : le Parti Communiste Québecois, le PDS (socialiste) et le RAP (regroupant des syndicalistes) alors que Option Citoyenne est surtout lié à la personnalité de Françoise David, militante féministe très populaire. QS va attirer d'autres tendances ce qui fait qu'il regroupe un spectre politique allant des "réformistes" jusqu'aux trotskistes et aux décroissants en passant par les communistes et des autogestionnaires. Une sorte de mini "Union de la gauche" dont le programme est souverainiste et progressiste. Ce parti fonctionne sur la base de sections locales mais comporte également 6 tendances organisées ("collectifs") plutôt minoritaires mais représentées de droit dans la direction nationale. Il a deux "chefs" (selon le vocabulaire québecois) : Françoise David et Amir Khadir (un immigré iranien) ; celui ci étant le seul député du parti depuis 2008.

 Quant au Parti Vert, il avait participé à un premier regroupement à la fin du XXème mais s'en est retiré. Il n'a aucun député québecois. 

 Enfin, naissance très récente de Option Nationale, qui se veut également de gauche et souverainiste,.dirigé par un ex député péquiste.

 Les tournant de 2011 et 2012. 

 Au printemps 2011, ont eu lieu les élections fédérales. Elles se sont traduites par un grand chambardement au Canada et, surtout, au Québec. En effet, le Parti Libéral Canadien, qui a souvent dirigé le pays depuis 1945, s'est enfoncé dans la crise et reste à la troisième place. Le Bloc Québecois s'effondre en perdant la plupart de ses députés (4 seulement contre un maximum de 54 en 1993) Grands vainqueurs : le Parti Conservateur, sortant, qui a la majorité absolue bien que quasi absent au Québec et le NPD qui, avec 30,6% des voix et 101 députés, passe à la seconde place. L'originalité est que la majorité des députés NPD vient désormais du Québec. Beaucoup de ces députés sont des novices en politique (plusieurs sont de très jeunes étudiants) et certains ne parlent même pas français. 

 Cette élection va entraîner des dissensions au sein de QS : Amir Khadir soutenant le NPD (dont le dirigeant actuel est un député bilingue de Montréal) alors que d'autres (dont le PCQ) soutenaient le Bloc Québecois. Il est vrai que le NPD et QS semblent avoir tout pour s'entendre si ce n'est la question nationale. Arrive le "printemps érable" qui voit l'irruption de la jeunesse sur la scène sociale et politique. QS soutient les étudiants mais leurs syndicats veulent préserver leur autonomie. Le NPD ne dit rien car il ne s'agit pas d'une affaire fédérale ! Néanmoins, les responsables étudiants s'accordent à faire campagne CONTRE le parti Libéral et CAQ ce qui laisse plusieurs options ouvertes. La FTQ, importante confédération syndicale, prend une position assez proche. 

 Quel vainqueur le 4 septembre ? 

 Les derniers sondages donnent 33% au PQ, 28 à CAQ (droite souverainiste), 27 au parti Libéral et seulement 7% à Québec Solidaire (qui avait attiré jusqu'à 9% des intentions de vote), 3% à Option Nationale et 1% aux Verts (présents dans seulement la moitié des circonscriptions) On voit donc que QS pâtit du vote utile. La preuve : un des animateurs du printemps érable se présente comme candidat PQ et a de bonnes chances d'être élu. Pour contrecarrer cette tendance, QS avait proposé un pacte de non concurrence au PQ, à ON et aux Verts avec un accord sur un programme minimum comprenant la proportionnelle. Échec dû, en grande partie, au PQ qui a abandonné cette revendication depuis une dizaine d'années. Le même PQ, inquiet du score éventuel de QS laisse entendre que QS fait le jeu de la droite !

 Quel que soit le % réellement obtenu, il faut se rappeler que dans un scrutin majoritaire, on peut avoir des surprises car tout se joue circonscription par circonscription.

 (1) D'autres tentatives allant dans ce sens ont eu lieu au plan local comme à Montréal où le Rassemblement des Citoyens de Montréal a tenu la mairie de 1986 à 1994 avant de dériver à droite et de perdre la ville.


Commentaires au soir des élections, par Gérard Fretellière :


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- Le Parti Libéral (PLQ) passe de 42,08% à 31,2% et de 66 à 50 sièges. Comme le dit la presse québecoise, c'est lui qui a la meilleure machine électorale et c'est ce qui compte dans une élection qui se joue circonscription par circonscription

- Le Parti Québecois (PQ) passe de 35,17% à 31,9% et de 51 à 54 sièges. Paradoxe : il perd des points de pourcentages mais gagne 3 sièges. Il devient le premier parti et sa "chef", Pauline Marois, va devenir premier ministre sauf si le PLQ s'allie aux troisième larron. Quoiqu'il en soit, si elle accède au pouvoir, son gouvernement sera fort minoritaire (il lui manque 9 sièges pour atteindre la majorité absolue)

- La Coalition Avenir Québec (CAQ) fondée par les rescapés de la défunte ADQ (droite) et des transfuges du PQ fait une percée spectaculaire passant de 16,37%  et 7 sièges pour l'ADQ à 27,1% mais n'a que 19 sièges

- PLQ + CAQ représentent à eux deux 59% des voix (quasiment comme en 2008 pour PLQ + CAQ) et 69 des 125 sièges ce qui montre que la droite est majoritaire ; néanmoins, les premiers étant fédéralistes et les seconds étant souverainistes, il est peu probable qu'ils s'allient.

- Québec Solidaire passe de 3,78% à 6% et de 1 à 2 sièges (le siège gagné l'est par Françoise David, co-porte parole du parti) Mais les moyennes sont trompeuses : QS est fort dans la région de Montréal (un troisième siège était à sa portée) et un peu à Québec mais faible voire microscopique ailleurs

- S'il y avait eu accord de non concurrence entre PQ et QS là où la droite était menaçante, le PQ aurait gagné - au moins - 5 sièges de plus (+ un autre pour Option nationale)

- Ces élections montrent la volatilité de l'électorat qui peut voter à gauche en 2011 (raz de marée du NPD aux élections fédérales) et choisir des élus de droite dans la même circonscription aux élections provinciales.



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