mercredi 5 octobre 2016

Primaires de la droite : il n'y aura pas de bonnes nouvelles, par François Calaret

Les primaires de la droite et du centre qui auront lieu dans quelques semaines représentent un exercice inédit dans la Vème République et pourtant elle se déroule aujourd’hui de façon naturelle, comme une évidence. L’exercice des primaires qui se sont imposées à gauche et à droite s’inscrit parfaitement dans l’hyper-présidentialisation qui, depuis 10 ans avec les effets de la réforme du quinquennat, s’impose, se banalise, domine le temps institutionnel et le temps politique. À chaque fois c’est la primaire des partis d’opposition (la droite en 2016, la gauche en 2011) qui constitue l’enjeu majeur. La primaire du PS prévue en janvier 2017 étant avant tout le produit de l’affaiblissement considérable de la légitimité de François Hollande à se représenter.


Entre les différents candidats de droite qui sont aujourd’hui en compétition, il a été noté la grande convergence sur les politiques économiques et sociales, la poursuite des politiques d’austérité, le recul de l’âge de la retraite… C’est d’une certaine façon le produit du quinquennat de François Hollande qui pendant 5 ans a tracé le chemin d’une politique ouvertement néolibérale, dévouée aux exigences du patronat et de l’Union européenne, soumise à la logique de compétitivité et de concurrence. Le quinquennat de François Hollande constitue un point d’appui pour la droite dans la mise en œuvre de l’adaptation de la société française aux exigences de la mondialisation capitaliste.

Pour autant, une incertitude majeure repose sur le résultat de la primaire de la droite avec la compétition entre Nicolas Sarkozy et Alain Juppé. La dynamique de Nicolas Sarkozy, reprenant la ligne de « l’identité nationale » élaborée par son ancien conseiller Patrick Buisson, s’est imposée avec force dans le paysage, malgré les nombreuses affaires judiciaires en cours (notamment sur le financement « libyen » de sa campagne de 2007). Mais il paraît confronté à deux obstacles importants. D’une part, la place grandissante et de plus en plus solide prise par le Front National de Marine Le Pen, qui à travers ses succès aux élections, européennes et régionales, a ancré la perspective de sa présence au second tour de la présidentielle, ainsi que son ambition d’exercer le pouvoir. Difficile pour Sarkozy de rééditer dans cette situation le siphonage des voix du Front national qu’il avait réussi en 2007. Le deuxième obstacle est la convergence d’une partie de la droite, du centre droit, voire de la gauche qui refuse la perspective de son retour au pouvoir, de sa proximité à certains thèmes portés par le Front national.

C’est sur ce mouvement que s’appuie la candidature d’Alain Juppé qui représente aujourd’hui celui qui mène la course en tête. Longtemps imprécise (comment le représentant du chiraquisme pourrait-il constituer une « nouveauté » ?), sa candidature a développé la capacité de construire une synthèse politique et sociale entre l’exigence d’autorité, d’ordre et l’apaisement d’un certain nombre de débats qui ont hystérisé la société, mais ont aussi divisé profondément la droite en France ces dernières années. D’où la reprise du mot d’ordre de « l’identité heureuse » pour marquer sa différence par rapport à la stigmatisation de l’Islam et plus largement par rapport à la création d'une angoisse collective à propos des prétendues menaces pesant sur « l'identité nationale ». Mais une incertitude persiste dans la capacité de cette synthèse à s’imposer à droite. Et, même s’il gagne, Alain Juppé devra tenir compte du poids du Sarkozysme qui domine une partie de la droite pour rassembler son camp.

Bien évidemment, une défaite de Nicolas Sarkozy à la primaire ne pourra que réjouir tous ceux qui ont subi les conséquences de sa politique et qui ont été insultés par ses discours. Mais il n’y aura pas de bonne nouvelle qui sortira de la primaire de la droite. Il ne faut pas sous-estimer le danger que représente la politique prônée par Alain Juppé, qui pourrait s’appuyer sur une majorité sociale et politique incluant peut être une partie des électeurs, voire une recomposition de certains secteurs de la gauche qui défendent cette orientation (Macron, Valls, Le Guen…). Ce serait un coup supplémentaire porté à la dévitalisation de la gauche dans ce pays, à l’affaiblissement du clivage gauche / droite (affaiblissement qui profite toujours à la droite…). Et cela annonce des difficultés importantes pour les forces du mouvement social, les organisations syndicales et tous ceux qui seront amenés à s’opposer aux politiques libérales et réactionnaires que la droite française veut appliquer.

La primaire de la droite qui aura lieu en novembre a pour objectif de mettre en mouvement une dynamique politique puissante pour imposer à la présidentielle et aux législatives de 2017 un projet libéral et autoritaire de grande ampleur. Pour tous ceux qui à gauche sont déterminés à construire une alternative, cela montre l'ampleur du défi qui est devant nous.

François Calaret (Ensemble)

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